Lettre au Ministre Rudy DEMOTTE
Bruxelles, 20 octobre 2003

Monsieur le Ministre R. Demotte


n.ref. :03/299

Monsieur le Ministre,

Nous avons appris que la proposition du retrait de l'accès à l'attestation de soins de petite chirurgie buccale par des dentistes était en voie de finalisation.


Pour rappel, cette partie de la nomenclature médicale, gérée par la CN Médico-mutualiste et son conseil technique, est depuis toujours accessible aux licenciés en science dentaire afin qu'une réponse aux besoins de la population puisse aussi être apportée par ces praticiens : incision d'abcès dentaires, apectomie, frénectomie, traitement de kystes, extractions de dents incluses, etc...


Nous comprenons aisément que nos confrères stomatologues confrontés comme tous les prestataires au souci de gestion du budget alloué à leur secteur s'étonnent de voir que ces prestations sont plus réalisées par des dentistes que par eux-mêmes.


Et pour cause, ces prestations relèvent plus de praticiens de première ligne, les dentistes, que de spécialistes amenés à pratiquer des actes spécifiques, à plus fortes valeurs tant financières que d'image.


Car pourquoi s'intéresser à soulager rapidement un patient, en général en état de déliquescence bucco-dentaire, d'un abcès douloureux et potentiellement dangereux pour sa santé ? Pourquoi vouloir pratiquer une
petite intervention de chirurgie apicale afin de maintenir une dent en place ? Pourquoi réaliser une extraction de dent de sagesse incluse à une valeur de k62,5 quand un autre numéro de code réservé aux seuls médecins permet à ceux-ci de le faire à une valeur de k120 ? Pourquoi prodiguer des soins conservateurs de dentisterie sous anesthésie générale chez certains patients handicapés par exemple ? Pourquoi vouloir repousser la mise en place de prothèse (ou d'implants) en réalisant les gingivectomies qui s'avéreraient utiles ?
La liste de pourquoi est bien longue. La réponse est simple : ces prestations relèvent entièrement du champ d'activité du dentiste, ce praticien confronté tous les jours à ces pathologies et dont le patient attend une réponse efficace !


Vouloir le restreindre, c'est avant tout léser la population et plus particulièrement ses membres les plus démunis pour l'accès à la santé buccale. Et c'est aussi s'en prendre à une profession qui se lasse de plus en plus du mépris qu'on lui manifeste.
C'est surtout contraire à la raison.


La problématique étant ce qu'elle est, nous comptons sur votre vigilance avant de consacrer une telle mesure. Tout comme vous, nous souhaitons une politique de santé qui réponde aux besoins des gens dans les limites budgétaires qui seraient fixées.


Et nous nous permettons de vous faire la proposition suivante qui pourrait satisfaire tout le monde : transférer les prestations incriminées à la nomenclature dentaire sensu stricto, avec bien évidemment le budget qui s'y rapporte , de manière à voir le secteur prendre en charge la modernisation de cette nomenclature et sa bonne adéquation aux besoins de tous. La Commission Nationale Dento-Mutualiste et son conseil technique sont à même de faire les propositions qui s'imposent. En attendant la finalisation de ces choix, un statu quo est indispensable afin de ne pas perturber les soins et les remboursements auxquels les patients ont un juste droit. Une mesure identique a été prise il y a quelques années au moment de ramener la gestion de l'imagerie dentaire à son secteur.


Nous vous remercions de l'attention que vous réserverez à ce dossier et nous vous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à notre plus respectueuse considération.



Michèle Aerden

Présidente



"Pour moi, dans cette négociation budgétaire, il y avait deux éléments majeurs: répondre aux besoins des gens et tenir mon budget dans les bonnes limites"

Le ministre de la santé, Rudy DEMOTTE.


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