Sous quelles formes peut-on absorber le fluor ? PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 24 Janvier 2011 13:38

L'eau de distribution fut la première voie de fluorisation, mais elle a aussi soulevé beaucoup de critiques d'ordre éthique.

Aujourd'hui, on relève les formes les plus diverses, allant du dentifrice et du bain de bouche au sel de cuisine.

Afin de faire bĂ©nĂ©ficier les habitants des rĂ©gions oĂą l’eau n’est pas ou pas assez fluorisĂ©e, l’idĂ©e a rapidement germĂ© d’ajouter Ă  l’eau de distribution la concentration magique de 1 ppm de fluor. Avant de lancer un tel programme, de nombreuses et nouvelles expĂ©riences ont Ă©tĂ© menĂ©es, de 1942 Ă  1945, tant aux Etats-Unis qu’au Canada, afin de prouver l’efficacitĂ© de la mĂ©thode et son innocuitĂ©. Le principe de ces tests est systĂ©matiquement identique : deux villes dont l’eau n’est pas naturellement fluorisĂ©e sont sĂ©lectionnĂ©es, qui doivent rĂ©pondre Ă  des critères de similitude très prĂ©cis entre elles. L’une de ces villes voit son eau de distribution artificiellement fluorisĂ©e, tous les autres facteurs restant inchangĂ©s. La seconde ville sert de "tĂ©moin", et pas un iota n’y est changĂ©. Après quelques annĂ©es, on Ă©value l’effet de la fluorisation de l’eau de la première ville par rapport Ă  sa jumelle moins favorisĂ©e. Dans tous les cas, la rĂ©gression des caries a Ă©tĂ© spectaculaire, les chiffres oscillant entre 40 et 50 pour cent. Plus tard, des Ă©tudes europĂ©ennes cette fois ont encore confirmĂ© ces rĂ©sultats. Enfin, il faut signaler que, dans les annĂ©es soixante, sous l’effet de pressions idĂ©ologiques, certaines villes artificiellement fluorisĂ©es ont fait volte-face en arrĂŞtant la campagne prĂ©ventive : les consĂ©quences furent dĂ©sastreuses, avec le retour rapide de la carie. Le cas le plus saisissant est sans conteste celui de la ville d’Antigo oĂą, après dix annĂ©es de fluorisation artificielle, les robinets coulèrent de nouveau sans fluor Ă  partir de 1959 : en 1966, l’incidence de la carie dans cette ville avait raugmentĂ© de 112 pour cent. La publication de ces rĂ©sultats poussa, un peu tard, les autoritĂ©s Ă  reprendre aussitĂ´t les bonnes habitudes perdues.

Vu la concordance de toutes ces expĂ©riences, l’Organisation Mondiale de la SantĂ©, en 1969, a pris une rĂ©solution selon laquelle elle "recommande Ă  ses Etats membres d’examiner la possibilitĂ© d’introduire la fluorisation de l’eau de distribution dans les rĂ©gions oĂą l’ingestion de fluor Ă  partir de l’eau et des autres sources est infĂ©rieure aux doses optimales, ou, lorsque la fluorisation de l’eau de distribution n’est pas praticable, d’Ă©tudier d’autres mĂ©thodes d’utilisation du fluor pour la protection de la santĂ© dentaire". Nombreux sont les pays qui, dès les annĂ©es septante, ont adoptĂ© cette rĂ©solution et s’en fĂ©licitent.

D’autres pays pourtant, sous des prĂ©textes dĂ©guisĂ©s de difficultĂ©s juridiques, n’ont pas souscrit Ă  cette rĂ©solution, fruit de soixante annĂ©es de recherche… C’est notamment le cas de la Belgique. Les arguments prĂ©sentĂ©s par les dĂ©tracteurs de la fluorisation de l’eau potable sont notamment le gaspillage prĂ©sentĂ© par l’utilisation de l’eau Ă  d’autres fins que la boisson : bains nettoyages, chasses d’eau… D’une part, on peut trouver spĂ©cieux cet argument comptable au regard d’un rĂ©el progrès mĂ©dical, et, d’autre part, le coĂ»t de la fluorisation reste de toute manière nĂ©gligeable en comparaison de l’Ă©conomie rĂ©alisĂ©e dans le budget de la SĂ©curitĂ© Sociale. Quant Ă  la prĂ©tendue pollution de la biosphère par ces rejets de fluor, elle est anecdotique : en effet, la nature contient d’avance beaucoup de fluor de manière très dissĂ©minĂ©e. Ă€ titre d’exemple, mentionnons que l’eau de mer en contient environ 1 milligramme par litre, c’est-Ă -dire la concentration idĂ©ale du point de vue de la prĂ©vention carieuse, ce qui est surprenant. Ce fluor peut se joindre Ă  l’Ă©vaporation aqueuse des mers, et se retrouve tout naturellement dans les prĂ©cipitations. L’atmosphère recèle par consĂ©quent des trĂ©sors de fluor, et plus encore dans les rĂ©gions industrielles, puisque les fumĂ©es de charbon en contiennent jusqu’Ă  300 ppm. Les sols et les roches de l’Ă©corce terrestre, enfin, prĂ©sentent Ă©galement une grande richesse naturelle en fluor. L’argument d’une pollution de l’environnement par le fluor n’a donc aucun sens, puisque celui-ci en est dĂ©jĂ  largement imbibĂ©, et sans consĂ©quence. Un autre argument avancĂ© contre la fluorisation de l’eau de distribution est l’augmentation de la consommation d’eau en bouteille, qui court-circuiterait l’efficacitĂ© du système. On peut rĂ©pondre que le cafĂ© en bouteille n’existera probablement jamais, et que la plupart des bières et limonades disponibles sur le marchĂ© sont bel et bien fabriquĂ©es Ă  base d’eau de distribution, et que leur acheteur n’Ă©chappe donc pas au bĂ©nĂ©fice du fluor. Un dernier argument tenace est la prĂ©tendue libertĂ© du consommateur de disposer d’une eau pure. Ceci est battu en brèche quand on sait la somme des additifs dĂ©jĂ  prĂ©sents dans l’eau de robinet, Ă  la seule fin de la rendre simplement potable.

S’il n’est vraiment pas possible de fluoriser l’eau de distribution pour quelque raison que ce soit, il est toujours loisible d’ajouter du fluor Ă  l’eau courante des Ă©coles, en corrigeant la concentration en fonction du temps passĂ© en classe par rapport au temps vĂ©cu Ă  domicile. De telles expĂ©riences ont prouvĂ© que la mĂ©thode est très efficace, avec rĂ©duction du taux de carie avoisinant les 40 pour cent, bien que cette technique soit plus difficile Ă  mettre en œuvre que la prĂ©cĂ©dente. De plus, chaque particulier rĂ©sidant dans une rĂ©gion dont l’eau n’est pas fluorĂ©e, que ce soit naturellement ou artificiellement, a le loisir d’adjoindre Ă  un rĂ©servoir d’eau du fluor dans les proportions adĂ©quates. Cette attitude peut paraĂ®tre exagĂ©rĂ©e, mais de nombreuses familles l’ont pourtant dĂ©jĂ  adoptĂ©e, surtout aux Etats-Unis.

Pour ceux qui ne veulent absolument pas entendre parler de fluorisation artificielle de l’eau potable, il existe encore bien d’autres moyens de bĂ©nĂ©ficier de l’action bienfaitrice du fluor : il suffit de l’absorber sous d’autres formes. Ă€ cette intention, l’industrie pharmaceutique a dĂ©ployĂ© tout un Ă©ventail de possibilitĂ©s. Dentifrices, gels, bains de bouche et comprimĂ©s sont disponibles depuis longtemps. Ainsi, il est probablement plus difficile aujourd’hui de dĂ©nicher un tube de dentifrice non fluorisĂ© que l’inverse. MĂŞme les grandes surfaces disposent d’Ă©tals bien complets, et le plus difficile des consommateurs doit trouver ce qui lui convient. L’efficacitĂ© du fluor dans les dentifrices atteint 10 pour cent de rĂ©duction de l’incidence carieuse, ce qui n’est pas nĂ©gligeable, mais ne reprĂ©sente somme toute qu’un cinquième Ă  peine de l’effet de la fluorisation de l’eau de distribution. Les gels fluorisĂ©s, très hautement concentrĂ©s, et utilisĂ©s dans des gouttières sur mesure spĂ©cialement conçues pour chaque individu, sont Ă  rĂ©server pour des cas de prĂ©vention très poussĂ©e, par exemple chez des patients ayant subi une irradiation des glandes salivaires, suite Ă  une tumeur maligne. Les bains de bouche au fluor, quant Ă  eux, constituent un vĂ©ritable pis-aller, puisque cette forme de prĂ©sentation du fluor est la moins efficace d’entre toutes, et tend d’ailleurs Ă  disparaĂ®tre. Mais la plus rĂ©pandue des mĂ©thodes d’ingestion de fluor reste sans conteste la prise de comprimĂ©s.

Ces derniers sont gĂ©nĂ©ralement dosĂ©s Ă  0,25 milligramme de fluor, ce qui signifie une dose journalière idĂ©ale pour un nouveau-nĂ© et pour les enfants de moins de deux ans. Il est Ă©vident que, dans ces situations, il convient d’Ă©craser le comprimĂ©, et de l’incorporer au biberon. Ă€ partir de deux ans, la dose optimale est doublĂ©e, soit deux comprimĂ©s par jour. De trois Ă  quatre ans, trois comprimĂ©s sont nĂ©cessaires, et au-delĂ  de quatre ans, quatre comprimĂ©s, soit 1 milligramme par jour, sont recommandĂ©s. Pour une bonne protection, il est important que l’enfant ingère le fluor très rĂ©gulièrement jusqu’Ă  la formation des bourgeons de dents de sagesse, soit vers quatorze ans. Mais rien n’empĂŞche l’adolescent et l’adulte de poursuivre le traitement : en effet, dès l’arrĂŞt de la prise, l’effet du fluor commence Ă  s’Ă©puiser inexorablement! Évidemment, ces doses doivent ĂŞtre adaptĂ©es Ă  la situation propre de chaque rĂ©gion, en fonction notamment du fluor contenu naturellement ou artificiellement dans l’eau de distribution. Le plus simple est de se renseigner auprès d’un dentiste, bien naturellement au courant de ces problèmes. Un autre bon conseil en matière de comprimĂ©s au fluor est de scinder la prise. Par exemple, un enfant de dix ans, dont le traitement nĂ©cessite quatre comprimĂ©s par jour, devrait adopter le mode de prise suivant : un le matin, un le midi, un au goĂ»ter, et un le soir. Et encore plus important, il s’agit de ne pas avaler immĂ©diatement le comprimĂ©, mais de le laisser fondre lentement, tantĂ´t Ă  gauche, tantĂ´t Ă  droite. En effet, la plus grande partie de l’action du fluor est locale, ce qui signifie que ce dernier passe directement du comprimĂ© Ă  l’Ă©mail. Dans le cas de l’avalement immĂ©diat du comprimĂ©, tout cet effet est perdu, et seule la quantitĂ© de fluor passant dans le sang et excrĂ©tĂ©e au niveau salivaire aura une action, bĂ©nĂ©fique certes, mais moins prononcĂ©e.

Il convient enfin de signaler l’existence de produits agroalimentaires qui, avant leur entrĂ©e dans la grande distribution, se voient industriellement fluorisĂ©s. Le sel de cuisine, notamment, a fait l’objet d’une fluorisation avec des rĂ©sultats extrĂŞmement encourageants. L’idĂ©e vient de Suisse, oĂą le sel est depuis longtemps employĂ© comme vĂ©hicule d’un supplĂ©ment en iode, dans la lutte contre le goitre endĂ©mique des populations Ă©loignĂ©es de la mer. Du sel iodo-fluorĂ© est Ă  prĂ©sent disponible dans la plupart des pays. Le lait a Ă©galement fait l’objet d’addition de fluor, bien que les problèmes juridiques et techniques soient ici plus complexes. Enfin, il existe de nombreuses marques de chewing-gum fluorisĂ©s. L’avantage de ces derniers est de mettre l’accent sur l’effet local du fluor. Cependant, l’addition de fluor au sel, au lait ou aux chewing-gums prĂ©sente un inconvĂ©nient majeur : la grande variation de la consommation d’un individu Ă  l’autre, alors qu’en matière d’eau de distribution, il est prouvĂ© que la dispersion est beaucoup plus faible, et l’on peut ainsi bien mieux contrĂ´ler la quantitĂ© rĂ©ellement administrĂ©e.

   

Comprimés et bains de bouche (Alain Albert)

    Dans votre document intitulé "Sous quelles formes peut-on absorber le fluor?", vous mentionnez en bas de deuxième page que les bains de bouche au fluor constituent un pis-aller.

Dans ce cas, pourriez-vous m'indiquer les avantages/inconvénients entre les comprimés et les bains de bouche?

Quels seraient les motifs (donnés par un dentiste) qui pousseraient à l'utilisation de bain de bouche et à abandonner les comprimés?

Quelques précisions rapides:

Les bains de bouche ont été utilisés dans les collectivités (internats, prisons...) sans doute parce que leur préparation est moins onéreuse que celle des comprimés.

Les comprimés (ou les gouttes) semblent plus indiqués dans la prévention à long terme chez l'enfant, car le fluorure ingéré a une excellente clearance salivaire, ce qui se traduit par un effet prolongé.

Ceci explique probablement les meilleurs résultats épidémiologiques recueillis avec les comprimés.

On utilise pourtant encore les bains de bouche à l'échelon individuel et davantage chez l'adulte dans les circonstances suivantes:

- dosage propre pour un patient déterminé

- association avec un autre médicament, par exemple un antiseptique (préparation magistrale)

- recherche d'un effet strictement local

- utilisation d'un gel dentifrice fluorisé et diluable

- allergie à une composante galénique des comprimés

Heureusement, le dentiste traitant détient toutes les données nécessaires au meilleur conseil pour son patient.

 

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